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Cyrille Savalle cultive une “sobriété heureuse”

le 17 mai 2021

Adepte d’une agriculture plus “sobre” en produits chimiques et en ressources, Cyrille Savalle a prouvé “qu’on pouvait faire aussi bien économiquement avec moins de phytos”.

Le “système intégré” ou “bas intrants” est à l’agriculture ce que le flexivore est au régime alimentaire. “J’essaie de tout faire pour ne pas intervenir sur mes cultures mais je ne m’interdis pas d’avoir recours à des produits phytosanitaires. ”

Résultat : depuis qu’il a repris la ferme familiale, en 1998, Cyrille Savalle a diminué de 70% sa quantité de produits phytos  par rapport à la référence régionale normande, toutes cultures confondues. “Mais cela ne va pas sans certaines désillusions”, avoue l’agriculteur. “Un des points psychologiques dont il faut s’affranchir, est d’accepter de ne pas avoir de superbes cultures avec des rendements au top. C’est notamment difficile, pendant la moisson, quand tout le monde parle de quintaux et de rendements à la coopérative…”

Cyrille Savalle

Agriculture ” bas intrants” ou conventionnelle… Mais de quoi parle-t-on ?

En agriculture, quand on parle d’« intrants », on évoque principalement les produits fertilisants comme les engrais ;  et les produits phytosanitaires de la famille des pesticides. Les fertilisants sont ajoutés pour améliorer le rendement des cultures. Les pesticides sont utilisés pour l’éradication des parasites des cultures.

La culture conventionnelle va chercher à optimiser les rendements et lutter contre les ravageurs en faisant appel aux engrais et pesticides.

Le système intégré a pour objectif de limiter l’usage des phytos en mettant en place différentes stratégies pour y parvenir.

Il existe d’autres solutions que les phytos

Avec son BTS en analyses agronomiques et biotechnologiques en poche, Cyrille Savalle, se destinait plutôt à une carrière dans l’agroalimentaire industrielle. Le destin en a décidé autrement. “Assez rapidement, j’ai réfléchi à un autre mode de culture. Le réflexe d’utiliser systématiquement tel produit phytosanitaire pour détruire tel ravageur me dérangeait un peu. La question du traitement chimique avec ses effets indésirables sur l’environnement mais aussi sur ma santé, m’interpellait. ” Aidé par son conseiller agricole, il développe alors une autre technique, moins intrusive.  “Il existe toute une palette de solutions qui permettent par exemple, d’éviter certaines maladies. C’est ce qu’on appelle des “leviers agronomiques”. ”

 

L’exemple du blé

“Par exemple, les semis de blé se font de fin septembre à décembre, voire même en janvier. Mais en automne, on craint beaucoup les pucerons. Ils transmettent la jaunisse nanisante, un virus très grave qui peut détruire en grande partie la récolte. Une fois qu’elle a été transmise, il n’y a aucun moyen de lutter contre cette maladie, même chimiquement.  Un des moyens naturels de lutter contre ce fléau, c’est de semer plus tardivement, quand les froids apparaissent et que les pucerons disparaissent. ”

Mais l’agriculteur reconnait que cette méthode n’est pas infaillible : “Le but est de combiner ces différents leviers. Mais nous travaillons sur du vivant, et ce qui marche une année, ne fonctionne pas forcément l’année suivante. Cette méthode nécessite une adaptation permanente.”

Néanmoins, malgré certaines périodes difficiles, Cyrille Savalle avoue être “plus serein” vis-à-vis de son métier d’agriculteur depuis qu’il a modifié ses pratiques. “Et je le serais plus encore si je rencontrais une adhésion plus forte autour de moi…”

Ça vient, mais doucement…

 

Comment expliquer que la pratique du “système intégré” soit encore si peu répandu dans l’Eure ?

Il existe plusieurs “freins” à la pratique du système intégré ; ce qui explique que ce mode de culture est encore peu développé :

  • il oblige à sortir de sa zone de confort, à aller vers l’inconnu ;
  • les techniques employées ne marchent pas “à tous les coups”. Il faut accepter de se dire que ce qui marche une année ne fonctionne pas forcément l’année suivante. Et on a tendance à se souvenir de ce qui ne marche pas ;
  • ces systèmes ne sont pas valorisés, notamment chez les organismes stockeurs (comme les coopératives) où toutes les productions “vont dans le même tas”. Pire : les productions issues des systèmes intégrés sont parfois pénalisées parce qu’elles peuvent manquer de protéines ou sont plus “sales” que les autres ;
  • les conseils des experts en produits phytosanitaires comment à évoluer mais trop doucement ;
  • enfin, beaucoup d’agriculteurs ont peur d’avoir des revenus plus faibles qu’en agriculture conventionnelle.
Cyrille Savalle

Mais justement, si on parlait argent ?

Pour Cyrille Savalle, le système intégré est économiquement viable. “J’ai des rendements moins importants avec mon système de culture mais j’ai aussi beaucoup moins de charges. Au final, mes marges brutes se maintiennent. Avec le système intégré, il ne faut plus viser le rendement maximal mais la marge brute maximale. Je dois optimiser à fond mes interventions sur les cultures. Mais avec une ferme de 89 hectares et mon système de culture, j’arrive à faire vivre ma famille.

Vous êtes intéressé par le système intégré ?

Initié par Bertrand Omon, ingénieur à la Chambre d’agriculture de l’Eure, le groupe “Agriculture Intégrée”  regroupe une quinzaine d’agriculteurs eurois. Si vous voulez les rejoindre, vous pouvez appeler Bertrand Omon:

Tél : 06.81.68.08.26

Mail : bertrand.omon@normandie.chambagri.fr

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