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Précurseur, Alain étend sa culture de miscanthus

le 21 mai 2021

De la production du combustible au radiateur, il n’y a même pas un kilomètre. Un agriculteur eurois produit du miscanthus pour chauffer sa maison et des bâtiments communaux. Avec une emprunte carbone quasi nulle et une réelle autonomie énergétique, il croit en cette plante pour les systèmes de chauffage des collectivités.

Fils d’agriculteur, Alain Van Eecke reprend la ferme de ses parents en 1980. « Je travaille ici depuis l’âge de 14 ans. Alors, c’était la suite logique, une évidence de faire ce métier. Aujourd’hui, nous sommes en EARL avec ma femme et mon fils. Nous avons arrêté d’élever des vaches pour la viande il y a 5 ans, par manque de rentabilité. Notre activité se concentre sur la polyculture. » Céréale, pois, orge brassicole, betterave… 200 hectares de terre qui ont vu arriver une nouvelle culture il y a 7 ans : le miscanthus.

Le goût pour l’innovation agricole

 

Un inconfort dans l’habitation familiale est à l’origine de cette nouveauté. « Je voulais une alternative au fuel en trouvant une énergie renouvelable qui nous rendrait autonome. A l’époque, on arrivait péniblement à chauffer trois pièces de la maison à 20°C. Mes recherches m’ont amené à découvrir cette plante africaine : le miscanthus. Elle est utilisée en Allemagne ; c’est là où j’ai commandé mes premiers plants. » », raconte Alain Van Eecke qui a ce goût pour l’innovation agricole. Il pratique par exemple le non labour depuis près 20 ans, a revalorisé sur ses terres 250 000 m2 de boue « pleine d’éléments nutritifs » de la grande mare du Marais Vernier et participe à un projet d’agriculture de conservation avec la coopérative NatUp afin « de s’auto-suffire en phosphore et en potasse grâce au couvert végétal ».

« Il faut oser et s’adapter. C’est le charme de ce métier aussi. Revenez dans deux ans, j’ai un autre projet dans les cartons. Mais je ne vous en dirais pas plus », révèle Alain Van Eecke, agriculteur passionné à Saint-Mards-de-Blacarville.
Pour planter les jeunes pousses, qui se présentent sous forme de rhizomes, l’agriculteur utilise une machine spéciale, de plantation maraîchère.
Copeaux de miscanthus prêts à alimenter la chaudière polycombustible

Planté une fois, récolté pendant 25 ans

 

Au départ, Alain n’est sûr de rien. Il plante un hectare de miscanthus et met deux ans à trouver une chaudière polycombustible compatible. La récolte a lieu rapidement, dès la seconde année, en avril. « Quand les feuilles sont tombées au sol, que la plante est bien sèche à moins de 17 % d’humidité, il est temps de la récolter. J’utilise une ensileuse à maïs et j’obtiens des copeaux près à servir de combustible », explique l’agriculteur.  Pour Alain et sa famille, ce nouveau système de chauffage est une réussite. « La maison n’est plus humide et toutes les pièces sont chauffées agréablement à 20°. J’utilise un hectare de miscanthus par hiver contre 5000 litres de fuel avant ; avec un résultat incomparable et zéro transport ! »

Des débouchés dans l’élevage et les espaces verts

 

Pouvant atteindre les 4 mètres de haut, cette plante s’est parfaitement adaptée au climat et au sol de Saint-Mards-de-Blacarville, petit village de 800 habitants. « Le miscanthus ne nécessite aucun adjuvant, éventuellement un désherbage lors de la plantation. Mais on peut le réaliser à la bineuse », précise Alain Van Eecke. « Ensuite, elle prospère pendant 25 ans avec une récolte chaque année. C’est beaucoup mieux que le bois qui met des années à pousser ! » Encore peu nombreux à produire du miscanthus dans l’Eure, Alain Van Eecke n’a pourtant aucune difficulté à écouler sa production. « En plus de servir de combustible, les copeaux de miscanthus sont huit fois plus absorbants que de la paille. C’est parfait pour les litières des animaux. Les paysagistes m’en achètent également pour le paillage des parterres. »

Un pari sur l’avenir

 

Depuis, Alain a agrandi sa surface d’exploitation du miscanthus pour atteindre, cette année, près de 10 hectares. En effet, il fournit aussi la commune avec ce combustible. « Je crois vraiment que cela peut être un système de chauffage économique et écologique adapté aux collectivités. Pour l’école et les bâtiments communaux, c’est le 2ème hiver chauffé au miscanthus. Cela fait 70 % d’économie par rapport au fuel. Et je peux vous assurer que les élèves ont bien chaud ! Le point difficile est l’acquisition de la chaudière et son entretien. La France n’est pas à la pointe. Mais je suis certain que c’est une énergie d’avenir. »

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