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Prenez-en de la graine !

le 30 avril 2021

3 questions à Willy Franchet, collectionneur de variétés locales et anciennes.

Tous les collectionneurs sont des passionnés. Willy Franchet n’échappe pas à la règle. Ce professeur de SVT au lycée Fresnel de Bernay, cultive depuis sa tendre enfance, une passion dévorante pour les palmiers mais aussi pour les variétés de graines anciennes et locales. Son plus grand plaisir ? Les faire connaître au plus grand nombre. Il donne et échange à tous ceux qui sont passionnés comme lui, des variétés aussi cocasses que les “crottes de lièvre”, ou le “choux de Saint-Saëns”, d’un poids de 20kg ! Ou encore les “haricots du Saint-Sacrement” et le “sucrin de Honfleur”, ce melon vert de forme allongée, cultivé dans toute la Normandie avec beaucoup de succès ! Autant de variétés courantes dans l’Eure jusqu’au 19e siècle et aujourd’hui pratiquement disparues. Rencontre avec cet amoureux de la nature et de l’histoire. Car toutes ses graines ont une histoire…

1- Pourquoi toutes ces variétés courantes jusqu’au 19e siècle et même jusque dans les années 60 ont elles pratiquement disparu ?

Les préoccupations alimentaires et les goûts n’étaient pas les mêmes qu’aujourd’hui. Les familles étaient nombreuses et vivaient surtout en autosuffisance. Il fallait nourrir toute la famille et toute l’année. Aussi les légumineuses, pois, haricots secs, ou “cocos”, choux… étaient privilégiés car ils se conservaient très bien l’hiver et le rendement était important. On retrouve de nombreuses variétés locales comme le coco de Pont-Audemer cultivé à grande échelle. On trouvait également des choux ou des poireaux perpétuels, utiles, notamment pour les soupes. Le choux perpétuel ne fleurit pas mais donne des feuilles en permanence hiver comme été pendant 4 ou 5 ans. Il suffit d’une bouture en terre pour avoir la plante. Autre exemple, le chou de Saint-Saëns, originaire de Seine-Maritime, pouvait atteindre 20 kg ! Utile pour une grande famille mais impensable aujourd’hui sur les étals. Il faut 1m2 de jardin pour le cultiver.

Puis au 19e siècle, les semenciers ont mis la main sur les graines. Toutes les variétés ont été répertoriées. De nouvelles variétés sont apparues. Dans les années 60, les variétés moins productrices ont été délaissées, voire abandonnées. Les habitudes de consommation ont changé. Les goûts aussi. Les légumes secs ont été oubliés au profit des légumes frais. Même si aujourd’hui, on assiste un peu au retour des légumes secs.

2- Comment avez-vous retrouvé la trace de ces variétés anciennes longtemps oubliées ?

Le monde des collectionneurs de graines est un monde à part. On procède beaucoup par échanges ou lors des foires aux plantes. Il y a beaucoup d’associations dans toute la France qui s’intéressent aux variétés anciennes. L’une d’elles, Montviette Nature, située près de Saint-Pierre-sur-Dives, est très active. Elle collecte depuis plus de 30 ans, des graines apportées par des passionnés. En 2020, l’association a fait paraître un livre qui recense un grand nombre de variétés locales et anciennes. Il y a quelques années, ils m’ont donné des graines et c’est parti comme ça. J’échange également avec d’autres collectionneurs en France mais normands d’origine. Par exemple, le fameux chou de Saint-Saëns, avait complètement disparu. Pourtant, un maraîcher, M. Mallet a était le seul en France, à conserver des graines. Il m’est arrivé aussi de récupéré des graines auprès de Québécois comme le pois de Saint-Hubert arrivé outre-Atlantique par le biais des Normands émigrés.

3- Quelle est l’histoire de ces graines au destin parfois insolite ?

L’origine est souvent religieuse comme ces “cocos de la Passion” avec des tâches rouge et qui semblent avoir été éclaboussées par le sang du Christ. Tout comme ces haricots du Saint-sacrement ornés de tâches noires dont certains peuvent y voir une forme d’ostensoir (objet liturgique servant à exposer l’Ostie). La légende raconte que pendant la Révolution, un prêtre aurait caché le saint objet dans un champ de haricots blancs pour le mettre à l’abri du sacrilège…Depuis, les haricots portent la marque religieuse.
L’histoire du “chou canne”, chou fourrager destiné aux animaux, est insolite elle aussi. Avant que sa tige atteigne 2m de haut, ceux qui le produisaient lui courbaient la tête avec une ficelle. Puis le chou était coupé puis séché et vendu comme canne. Ainsi, la canne de charlot était en chou !
Des variétés traditionnelles portent tout simplement le nom de la localité d’origine comme “la frisée de Louviers”, toujours commercialisée aujourd’hui, le “coco de Pont-Audemer”, les poireaux de Carentan, les “petits gris de Caen”, les “noir de Créances” dans la Manche, qui fleurissent rouge, ou le “petit carré de Caen”. À moins que vous ne tombiez sur les “crottes de lièvre” dont la forme et la couleur ne laissent aucun doute sur l’origine du nom de ce pois.
Bref, tout un monde à découvrir !

–> Pour contacter Willy Franchet : franchetwilly@gmail.com

La Normandie, terre de melons

Savez-vous par exemple que Jusqu’au 19e siècle, la Normandie était un gros producteur de melons ? ” On cultive annuellement à Lisieux cinquante à soixante mille pieds de melon qui produisent cent à cent vingt mille fruits, qu’on vend cinquante à soixante mille francs”, peut-on lire dans un écrit du 19e siècle.
Aussi étonnant que cela puisse paraître, les melons étaient une source de revenus importante pour les producteurs locaux de l’époque.

“Les melons se vendaient très bien à Paris et s’exportaient couramment en Angleterre. Les fêtes aux melons qui subsistent encore dans la région, comme celles de Beaubec-la-Rosière en Seine-Maritime et plus près de chez nous, Carzix, en témoignent”, assure Willy Franchet. Le “sucrin de Honfleur” reste la variété la plus répandue. “La culture était très particulière et demandait une grande maîtrise.” Pour “chauffer” la terre, on creusait un trou où l’on mettait du fumier “pour faire monter la température”. Les graines étaient ensuite semées et l’ensemble était couvert avec une cloche ou du papier huilé.

La fameuse pomme de terre de Saint-Aubin-de-Scellon

Au 18e siècle, un anglais, M. Mustel, avait importé des pommes de terre pour éviter la disette qui sévissait en France. Plusieurs mauvaises récoltes de blé et le pain, nourriture de base à l’époque pour un grand nombre de gens, venait à manquer. M. Mustel, donc, pensait introduire la pomme de terre en France pour la transformer éventuellement en farine puis en pain. Par chance, il en donna quelques plants au curé de Saint-Aubin-de-Scellon et à celui d’Alençon qu’il connaissait également. Rapidement, la pomme de terre sauvage, quoi qu’amère et sans doute pas très bonne, s’est plu sous le climat normand. La récolte fut bonne et le curé content. Pourtant, les habitants de Saint-Aubin-de-Scellon n’en voulurent pas. Une croyance de l’époque voulait que tout ce qui sortait de terre donnait la lèpre… M. Mustel et le curé de Saint-Aubin-de-Scellon avec leurs pommes de terre ne connurent pas la gloire qui fut plus tard celle de M. Parmentier. Mais de nombreux écrits témoignent encore de ce moment “historique” dans la commune.

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